Homo senegalensis, suite
Décryptage de l’homosenegalensis !

CONTRIBUTION - Un consultant nommé Rosnert Ludovic Alissoutin a, dans une contribution au magazine africain en ligne Continent Premier, indiqué que le sénégalais verse quotidiennement dans la palabre stérile. Beaucoup de discours, mais peu d’actes positifs aux fruits palpables. Ainsi, il se pose la question de savoir si notre pays ne refusait pas le développement.
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Au Sénégal, personne n’a su expliquer le paradoxe d’un peuple si ouvert, si ingénieux, si prompt à s’adapter aux situations les plus éprouvantes, mais si désordonné et si éloigné d’une dynamique ferme et organisée de progrès. Pourquoi le sénégalais ne donne t-il le meilleur de lui-même que lorsqu’il est à l’étranger, à l’image des « lions » du football ? Qui est ce sénégalais qui doit faire le développement ? Quelles sont ses caractéristiques ? Celles-ci sont-elles compatibles avec les exigences du progrès ? En un mot, le sénégalais a-t-il une culture de l’effort, une pédagogie du développement ?
Le sénégalais verse quotidiennement dans la palabre stérile. Beaucoup de discours, mais peu d’actes positifs aux fruits palpables. La réflexion et la conception ne sont certes pas des exercices qui font défaut au Sénégal où se multiplient à un rythme ahurissant les ateliers de conception, de restitution, de capitalisation ou de validation, les séminaires, conférences, assises, fora, symposiums, journées de réflexion, semaines ou quinzaines de promotion, retraites, rencontres, sommets, etc. Les résultats d’envergure que le foisonnement de ces rencontres met en droit d’attendre ne se font pas sentir concrètement. Pour Henri BERGSON, « originellement, nous ne pensons que pour agir.
C’est dans le moule de l’action que notre intelligence a été coulée. La spéculation est un luxe, tandis que l’action est une nécessité ».On fait un tapage pour la construction d’échangeurs alors que des pays théoriquement moins avancés que le Sénégal comme le Mali, le Burkina Faso et même la Guinée ont déjà réalisé ce type d’infrastructures sans tambours ni trompettes. On pense être les champions de la démocratie et les experts de l’Alternance alors que le Mali et le Bénin ont déjà réalisé une double alternance. De manière générale, le Sénégalais pense qu’il est plus éveillé, les autres étant des « ndrings » (guinéens), des « gnaks » (africains du centre principalement) ou des « naars » (mauritaniens et maghrébins par extension). A l’intérieur du pays, le wolof (ethnie numériquement dominante) pense qu’il est plus « civilisé », les autres étant des lak-kats (personnes qui parlent une langue autre que le wolof). Ces dérives conduisent au cloisonnement des forces, au narcissisme, à la suffisance, à l’arrogance et à l’immobilisme.
Le Sénégalais n’est pas prompt à l’investissement et à la production. Dans sa recherche du gain facile et rapide, il cantonne généralement son action au petit commerce, d’où la multiplication, à un rythme supersonique, des souks sur le territoire national. Or, il n’y a pas de richesse durable sans production sécurisée. Cette production doit susciter un progrès soutenu : il faut aller du « développement de la production à la production du développement ».
La production nécessite en effet des capitaux importants, des ressources humaines qualifiées et des stratégies d’action ardues. La réalisation de bénéfices destinés à fructifier cette production est liée à l’écoulement des produits donc à leur compétitivité. L’insertion dans le système productif appelle, par conséquent, un esprit de méthode, de patience et de persévérance contrairement au petit commerce ou les recettes sont, en principe, immédiates. L’épargne privée est tournée vers des secteurs improductifs ou égoïstes comme le bâtiment, les cérémonies familiales ostentatoires et la polygamie abusive.
Le parasitisme familial est aussi un frein à l’investissement privé. La seule personne qui travaille dans la famille est tenue de nourrir ses frères, cousins, oncles, beaux-frères etc. qui se complaisent parfois dans cette situation de perfusé. L’ampleur de l’économie informelle est révélatrice du primat de l’individualisme sur la volonté consciente et organisée de développement collectif. En plus de se soustraire à l’obligation citoyenne d’acquittement de ses charges fiscales, l’acteur de cette économie chaotique, au lieu de s’associer à ses semblables dans l’optique d’investissements substantiels, susceptibles de créer de la richesse et des emplois, se préoccupe de revenus personnels quotidiens. Et lorsqu’il amasse un peu d’argent, il cherche à acheter un visa pour l’Italie ou l’Espagne…
Le Sénégal est l’un des pays les plus aidés de la planète. Les partenaires au développement se bousculent dans les villages les plus reculés, mais on ne voit vraiment pas l’impact de leurs actions, proportionnellement aux sommes énormes annoncées. Certaines ONG excellent dans l’art de l’instrumentalisation des populations déshéritées et la perdiemisation du monde rural. Boladji OGUNSEYE constate que « la relation de mendicité à l’égard des bailleurs de fonds a engendré un gros problème.
Comme les ONG africaines s’acharnent à suivre les donateurs comme des missiles autoguidés sur les traces de l’avion-cible, il ne leur est généralement pas possible de s’engager dans des actions de remise en cause du plan d’action pré-établi, même en cas d’inadéquations criantes sur le terrain ». Les partenaires au développement, pour la plupart, sont donc revêtus d’un « manteau clair-obscur » et munis d’un couteau à double tranchant pour : tantôt soulager la misère des masses déshéritées, tantôt s’appuyer sur le dos de ces mêmes indigents pour s’enrichir, transformant ainsi « la lutte contre la pauvreté en une lutte contre les pauvres ».
La marche du Sénégal vers le progrès est profondément gangrenée par l’indiscipline banalisée, le laxisme toléré et, de manière générale, le refus de l’ordre. La sacralité du service public est régulièrement et impunément bafouée par les retards désinvoltes, l’absentéisme, le bavardage dans les bureaux et la corruption. Partout, la règle est la même : peu le matin et rien le soir. La pauvreté rend les hommes aigres et aigris.
Tout membre du groupe social qui réussi est combattu par pure jalousie, à moins qu’il soit un bailleur de fonds naïf, distribuant gracieusement de l’argent aux charognards qui lorgnent ses biens. A l’intérieur d’une même famille, d’un même service, on s’entretue à coup de maraboutage. On met les pieds dans le plat lorsqu’on n’est pas invité au repas. Comment peut-on construire un progrès sain dans une atmosphère sociale aussi viciée ?
La politique est certes peu compatible à la morale, mais le Sénégal a battu plusieurs records en matière de coups bas, de mensonges publiques et de déloyauté. L’absence de conviction idéologique explique la transhumance politique cavalière. On s’attache non pas à des principes, mais à des personnes ou plutôt à leur argent.
Dans un mépris mesquin du peuple, d’intrépides politiciens changent de veste et de discours, du jour au lendemain, au gré des intérêts financiers, sans conscience ni vergogne, donnant ainsi à une jeunesse fragile, le mauvais exemple de l’opportunisme et du situationnisme. La citoyenneté demeure vacillante, tout comme le sentiment d’appartenance nationale. On s’identifie plutôt à une famille, une ethnie, une caste, une confrérie. Souvent, on est prêt à tout pour le marabout et rien pour l’Etat.
Les croyances fantasmagoriques et le recours abusif au mysticisme conduit au recul de la raison, de la confiance en soi et de l’effort. « L’Africain explique ce qui se déroule autour de lui par l’action des forces occultes, justifie les fléaux par la colère des dieux et place les événements heureux à l’actif des marabouts et des féticheurs ». De nombreuses personnes ont publiquement expliqué le mauvais résultat de l’équipe nationale du Sénégal face à celle du Togo, par un mauvais sort qu’aurait lancé sur les joueurs des marabouts évincés et d’anciens membres de la fédération limogés…
L’impunité, l’absence d’une culture du bilan, le primat des calculs partisans sur l’exemplarité de la sanction, constituent une invitation au laxisme dans l’action publique. Le ministre ou le directeur d’une entreprise publique nouvellement nommé ne fait pas de déclaration publique de patrimoine. A son éviction, il effectue une passation sommaire de service à la place d’une nouvelle déclaration de patrimoine et d’un bilan administratif et financier détaillé, apprécié par les autorités judiciaires. En l’absence de contrôle, le ministre utilise les biens publics à des fins privées ; il se rend aux cérémonies familiales avec la voiture de fonction, parfois accompagné de motards de la gendarmerie nationale, y fait des dépenses insolentes ou effectue sa campagne électorale anticipée le week-end, avec le même véhicule de l’Etat. Comme dans tous les pays africains, les ressources sont détenues par une élite politique avide au détriment des masses laborieuses qu’on s’emploie à aduler et à corrompre à l’approche des élections, dans le cadre du phénomène bien connu de la « marchandisation du vote ».
Malheureusement, on n’observe aucune prémisse d’un sursaut national, d’une introspection critique, d’une remise en question de soi, d’un mea culpa constructif. Au contraire, on note l’insouciance, l’engouement pour la récréation et le folklore. Même le deuil est l’occasion de mangeailles festives. Dans toutes les villes du pays, des centaines de mendiants à la fleur de l’âge errent dans les rues, pieds nus, à des heures tardives, initiés au gain facile, soumis à la tentation du vol, exposés aux dangers du choléra et de la pédophilie. Personne ne s’en offusque, personne ne réagit ; on préfère discuter de politique et de football…
Le drame c’est que le Sénégal, un pays qui regorge de ressources humaines, a parfaitement les moyens de se sortir d’affaire. Mais le problème, c’est moins le Sénégal que le Sénégalais. Il va donc falloir réformer le matériel humain, reconstruire les mentalités, briser les chaînes de l’ignorance, relancer la moralité citoyenne et l’éthique républicaine. L’éducation est impérieuse dans cette optique ; malheureusement les autorités la confinent à une conception presque exclusivement scolaire. Eduquer un homme, c’est aussi l’aider à grandir dans la dignité, lui apprendre à se battre pour lui-même, pour sa famille et pour son pays.
Masséne Papa Guéye, professeur d’Histo-Géo à FATICK
mgueye63@gmail.com
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Homo senegalensis (le premier article)
J'ai mis "suite" dans le titre et je n'avais pas encore expliqué pourquoi.
Il existe un premier article sur Tak2 : "Instrospection sur les qualités et défauts de l'Homo Senegalensis." issu d'une étude assez remarquable à lire ici
(L'auteur s'est-il inspiré de mon titre précédent ? lol)
Alissoutin ou la vérité qui fait mal
Cité à l'origine de l'article précédent, voici un texte d'Alissoutin, Sénégalais vivant à Dakar.
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La malhonnêteté des intellectuels africains
L'Africain a peur de l'avenir. Au lieu de travailler pour s'élever à la dignité, il préfère trouver des boucs émissaires à son retard. Et pendant qu'il évoque des événements surannés comme la traite négrière pour expliquer ce retard, ses propres frères s'entretuent à coup de hache et s'enterrent vivant pour un morceau de territoire ; pendant qu'il crie famine, il continue à faire une ribambelle d'enfants qu'il abandonne à l'errance et à la délinquance, faute de pouvoir les entretenir.
Par Rosnert Ludovic ALISSOUTIN
Les intellectuels africains, très peu nombreux sur le continent du fait notamment de la fuite des cerveaux et de forte concurrence de la superstition, ont la charge d'accompagner la renaissance de l'Afrique mais pêchent par orgueil et malhonnêteté. Beaucoup d'entre eux manquent de courage et se contentent de caresser des régimes despotiques pour être invités à la bamboula gouvernementale. Et dès qu'ils reçoivent un poste de responsabilité public, ils deviennent méconnaissables et défendent des positions indignes de leurs références scientifiques. Pour Jean Paul Sartre, l'intellectuel est celui qui refuse d'être le moyen d'un but qui n'est pas le sien. Il est donc celui qui récuse l'injustice et de l'illogisme. Ayant pris conscience de la valeur de l'être humain, il est tout simplement un défenseur de l'Homme, un militant du progrès.
Les intellectuels africains sont, pour la plupart, des émotifs et des trompeurs. Ils évitent de dire la vérité historique et se contentent de rabâcher des mots que les gens qui croient encore en eux veulent bien entendre. Certains d'entres eux ont chanté la beauté de l'Afrique et de l'africaine, mais se sont empressés de s'attacher à une femme blanche et, après leur service en Afrique, sont restés en Europe jusqu'à ce que la mort les y surprenne.
Si les négriers ont pu braver l'océan et pénétrer si facilement en Afrique pour ramasser nos ancêtres comme des sardines et les parquer dans des navires avec la complicité de traîtres africains friands de pacotilles, c'est parce que l'Afrique avait déjà accusé un immense retard sur l'Occident avant même la traite négrière. Si le colonisateur a pu entrer allègrement en Afrique pour dompter les peuples, les réduire à de simples sujets et à leur imposer une langue qu'ils continuent encore à balbutier, c'est parce que l'Afrique avait déjà accusé un retard sur l'Europe. L'ignorance, la naïveté et l'immaturité étaient telles que les africains vendaient des êtres humains, qui plus est leurs propres frères de race, contre un vieux fusil, une bouteille de whisky ou un morceau de miroir… La vérité historique nous enseigne que les négriers prenaient rarement le risque de pénétrer dans des forêts denses à l'époque ; ils campaient sur la côte attendant paisiblement que des traîtres viennent livrer leurs propres frères. Si la traite négrière est un crime contre l'humanité, l'Afrique doit, elle aussi demander pardon car la traite négrière n'aurait jamais été aussi massive sans la complicité des nègres eux-mêmes. Les historiens africains happés par la fierté plutôt qu'animés par l'objectivité scientifique, ont tort d'apprendre aux enfants que c'est la traite négrière et la colonisation qui expliquent le retard de l'Afrique. C'est plutôt le retard de l'Afrique qui a rendu possible et facilité la domination étrangère. Si l'Afrique s'était mise au travail pour se constituer en nations fortes, jamais des européens n'auraient pu l'étaler sur une table de Berlin pour se la partager comme un gâteau docile. Car, au lieu de résister en bloc contre la pénétration coloniale, les royaumes africains s'entretuaient et les vaincus étaient réduits à… l'esclavage. Cette adhésion au désordre et à l'émiettement est devenue culturelle et sévit toujours. En effet, à chaque fois que des bouffons se rencontrent à des sommets de chefs d'Etat africains pour prétendre créer les Etats-Unis d'Afrique, ils demeurent jaloux de leurs pouvoirs respectifs souvent usurpés par les armes ou la fraude électorale, se perdent en querelles puériles et se séparent sans aucun résultat palpable.
Cela, les intellectuels africains le savent, mais se gardent de le dire. Ils refusent d'admettre que le seul pays d'Afrique Noir qui émerge du lot du point de vue de l'organisation économique, est celui qui n'a pas été dirigé par des africains, en l'occurrence l'Afrique du Sud. Ils se gardent de dire que l'Afrique Noire réunie, immense et riche de ressources naturelles, est économiquement en deçà d'un petit pays européen comme la Belgique. Ils préfèrent disperser leurs forces en portant plainte contre « Tintin au Congo », en faisant le procès des discours racistes de Sarkozy, bref, ils s'enlisent dans l'émotion et oublient les batailles urgentes qu'ils doivent mener pour relancer l'Afrique et laver l'humiliation dont elle dit être l'objet.
Et les chefs d'Etat qui prétendent être des intellectuels en avance sur leurs pairs parce qu'ils ont des diplômes, n'utilisent pas leur savoir pour faire avancer leur pays, mais pour duper la majorité analphabète qu'ils gouvernent. C'est ainsi que certains s'affirment comme leader mondial de la lutte contre la fracture numérique alors qu'ils n'ont même pas d'électricité chez eux ; ils érigent des monuments de béton pour appâter les ignares et épater les électeurs alors qu'ils sont incapables d'assurer une activité aussi élémentaire que le ramassage des ordures.
Les intellectuels africains refusent de critiquer l'Afrique et s'offusquent quand d'autres le font à leur place. Il en est ainsi de l'inflation nataliste. Les observateurs européens qui ont osé dénoncer la tendance désinvolte des africains à faire un nombre d'enfant excessif compte tenu de leur condition modeste ont essuyé une riposte émotive farouche de la part des intellectuels africains. Pourtant, il n'existe pas une vérité aussi évidente. Il est déjà difficile, dans la conjoncture actuelle d'assurer à un seul enfant, protection, éducation de qualité et bonne santé. L'africain en fait 8, 9, 10 alors qu'il est le plus pauvre sur la terre. La pléthore d'enfants innocents qu'on est incapable d'entretenir et qui dorment comme des sardines dans des chambrettes étriquées avec d'autres membres de la famille suscite la promiscuité et, de plus en plus, la pédophilie incestueuse. La promiscuité s'exporte d'ailleurs allègrement en Europe où des africains, sans but précis s'entassent, dans des immeubles insalubres qu'ils transforment en pétaudière. En France notamment, ils s'organisent en mouvements de « sans papiers » pour réclamer dans le pays d'autrui des droits qu'ils n'ont jamais pu avoir dans leur propre pays natal. Les intellectuels africains ne savent pas leur dire la vérité. Au lieu de les exhorter à rentrer chez eux plutôt que d'être l'objet d'arrestations et d'expulsions dégradantes, ils préfèrent la solution de facilité, c'est-à-dire accuser le gouvernement français de racisme et de xénophobie. Aujourd'hui encore, des milliers d'Africains se laissent bercer par le mirage européen, s'entassent comme des esclaves dans des pirogues de fortune et meurent en mer de manière inaperçue comme des oiseaux.
Les intellectuels africains défendent l'idée selon laquelle la pauvreté de l'Afrique est aggravée par le caractère inopérant des plans d'ajustement structurel imposés de l'extérieur. Il y'a certes une par de vérité dans cette assertion. Mais nos intellectuels omettent de souligner, dans le même sillage, qu'à la tête de nos Etats africains, on retrouve des voyous, des gangsters, des dealers et des bouchers qui vendent une partie de leur territoire maritime pour une pêche étrangère destructrice, une partie de leur territoire terrestre pour le dépôt ou l'enfouissement de déchets toxiques et qui attisent des guerres civiles pour affaiblir ou exterminer une ethnie qui ne leur est pas favorable.
A la malhonnêteté vient se greffer l'égoïsme. Des chercheurs, européens et américains notamment, ont sacrifié leur vie, au sens propre du mot, pour trouver des formules et des recettes qui aujourd'hui encore profitent à l'humanité toute entière. L'Africain lui cache son savoir si bien que lorsqu'il meurt, c'est « une bibliothèque qui brûle ». L'Afrique regorge d'une expertise féconde en matière de pharmacopée, mais les détenteurs de ce trésor le gardent jalousement et n'en font même pas profiter leur propre frère.
Il faut abandonner la rhétorique victimaire qui consiste à jeter tous nos malheurs sur le dos du blanc. Le Japon n'aurait jamais pu être ce qu'il est aujourd'hui s'il s'était contenté de se lamenter sur le sort de Hiroshima et Nagasaki. Il faut avoir le courage d'un mea culpa constructif, l'humilité de prendre conscience de ses tares et le courage de travailler pour un avenir meilleur.
Il est vrai cependant que l'environnement culturel africain n'est pas toujours favorable à l'éclosion d'un esprit scientifique. On y retrouve des diplômés, mais peu d'intellectuels. L'aliénation de l'individu au groupe, poussé à l'extrême, inhibe l'affirmation des talents. Le tout fonctionne comme un panier à crabe où celui qui veut émerger est tiré par le bas par ses pairs. L'individu qui échappe et réussit est tenu de nourrir tout le groupe. Ainsi, il ne peut épargner en vue de placements bénéfiques. Il n'est pas étonnant que c'est lorsqu'il voyage en occident que l'Africain est à même de donner le meilleur de lui-même. Beaucoup de savants, de poètes et de chercheurs africain n'ont pu briller qu'en s'exilant loin de leur terre natale.
Il est donc évident que le développement de l'Afrique ne relève pas seulement d'une panoplie de recettes savantes comme le rééquilibrage de la balance des paiements, la croissance à deux chiffres, etc ; c'est une question de comportement et d'attitude face à la difficulté. Certains auteurs africains ont préféré, à juste titre, l'ajustement culturel à l'ajustement structurel. Car, alors que les pays riches travaillent sans répit comme s'ils étaient pauvres, l'Africain se prélasse et saute sur tout prétexte pour manger et danser, y compris le deuil…
Rosnert Ludovic ALISSOUTIN
28/09/2007