Vaidehi à Dakar ! J'ai halluciné !
Pendant près de deux heures hier soir sur 2STV, j'ai suivi du coin de l'œil -incrédule et fasciné- le défilé dans Dakar de Pallavi Kulkarni, dite Vaidehi, une célèbre actrice indienne, vedette d'un feuilleton qui passe sur 2STV.
Précédée par des motards aux sirènes hurlantes, par des voitures de sécurité, suivie par tout un cortège de voitures plus ou moins officielles, l'actrice était véhiculée dans un Hummer de 10 mètres bordé par des policiers acrochés de chaque côté. Cette parfaite inconnue de moi a reçu un accueil triomphal comme aucun chef d'état connu. Inimaginable le pouvoir de la télévision et des feuilletons à l'eau de rose.
La vidéo vous donnera une idée de cette liesse populaire.
Venus très nombreuses dès les premières heures de l’après-midi, les inconditionnels de Vaidehi ont pris d’assaut les alentours de l’aéroport, brandissant des posters et autres badges à l’effigie de l’actrice de la série télévisée diffusée samedi et dimanche par la 2Stv (privée).
Malgré le vent frais, les fans de Vaidehi sont restés debout entre les grilles de protection, lançant des cris parfois hystériques à l’arrivée de chaque animateur ou journaliste de la 2Stv. L’ambiance est ensuite montée d’un cran à l’apparition du patron de la première chaîne culturelle sénégalaise El Hadj Ndiaye, objet d’applaudissements nourris de la part du nombreux public. ‘’2Stv yee na ko yoor’’ (la 2Stv est la meilleure, en wolof), lancent la foule à El hadj Ndiaye. Celui-ci répond à la foule en levant la main, en signe de remerciement.
A l’heure initialement prévue, soit 16 heures, pas une spectatrice ne tient en place, les unes et les autres piaffant d’impatience. ‘’Il est l’heure. On veut voir Vaidehi’’, scandent quelques jeunes filles pressées de voir leur fan.
La presse aussi s’impatiente. Mais tout le monde ne peut entrer dans le salon d’honneur de l’aéroport international Léopold Sédar Senghor qui, pour la circonstance, refuse du monde. A l’intérieur du salon réservé aux personnalités sénégalaises ou autres hôtes de marques, c’est la bousculade.
Les gendarmes sont débordés. Agents de l’Agence des aéroports du Sénégal (ADS), hôtesses, policiers chacun veut voir la star indienne, héros d’un film qui fait actuellement fureur chez les femmes.
Debout dans une tenue traditionnelle indienne, Pallavi Kulkarni semble être dans un autre monde. Face aux bousculades autour d’elle, elle garde le calme en regardant ses admirateurs, conquise.
Photographes professionnels et d’occasions ne sont pas en reste, qui veulent à tout prix immortaliser les premiers pas de Vaidehi à Dakar. Partant, le protocole peine à organiser le point de presse de l’actrice. Mais après cinq minutes, le calme revient enfin dans le salon d’honneur.
L’animateur de l’émission ’’Allô Bombay’’ de la 2Stv, Mamadou Pam, en maître de cérémonie, introduit enfin l’artiste qui, émue par l’accueil dont elle a été l’objet, confesse en hindi sa grande surprise.
’’Je salue le Sénégal, je salue le Sénégal. Je suis très contente et je suis surprise par l’accueil, par la forte mobilisation’’, dit-elle, soulignant que son objectif, à travers le rôle qu’elle incarne dans la série Vaidehi, c’est de lutter contre les violences faites aux femmes. Vaidehi termine ses premiers mots en remerciant la population sénégalaise.
Mais dehors, au même moment, la tension monte au sein du public. Et devant la limousine de marque Hummer affrétée pour transporter l’actrice, la scène est indescriptible : journalistes et autres fans se bousculent pour immortaliser, en image, la star indienne de 22 ans.
La pression du public a eu raison des barrières de sécurité, éparpillées par terre. Tout le monde veut toucher Pallavi Kulkarni. ’’Vaidehi, Vaidehi’’, scande le public. Debout avec El Hadj Ndiaye dans la limousine, l’actrice se fait enfin une idée de l’enthousiasme de la grande foule venue l’accueillir.
Aux admirateurs qui veulent la toucher à tout prix, elle répond en leur lançant des bisous, alors que son cortège s’ébranle en direction des rues dakaroises.
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Vaidehi anesthésie les souffrances
A propos de cet accueil délirant :
Sérigne Mor Mbaye, psychanalyste : « Je pense que les populations sénégalaises sont encore malmenées dans leur imaginaire avec le coca-cola des yeux que représente la télévision. Ce qui pose problème dans notre pays », regrette-t-il.
Et de poursuivre que le Sénégal vit sous « une dépression masquée », une véritable « mélancolie », à tel enseigne que cet évènement était nécessaire pour « anesthésier ses souffrances ». « C’est un pansement affectif. Cela permet d’évacuer un certain nombre de choses comme le débat sur la statue de la renaissance, les différences sociales, la cherté de la vie et autres », estime-t-il. Pour expliquer l’origine de ce mal très profond qui gangrène notre société, Sérigne Mor Mbaye explique que « si tu n’alimentes pas ton imaginaire par ta propre culture, tu es obligé de faire appel à la culture des autres, et c’est le cas ici ».